samedi 3 avril 2010

Le burin et rien d'autres...

Le burin et rien d'autre ?
(extraits)


Choisir le mode d'expression le mieux en rapport avec sa sensibilité, c'est accéder à une certaine qualité de vie.

La taille douce offre de nombreuses possibilités à travers deux grandes directions : celle où l'outil tranchant (burin, pointe, etc...) incise la plaque à graver, et celle où le creux est le résultat de la morsure d'un acide. L'emploi de l'une ou de l'autre ou même des deux à la fois est décidé par l'artiste en fonction de l'effet à produire.

La voie, que j'ai choisie passe par ce grand voyage de quelques centimètres carrés, nous le connaissons : c'est une tige de métal enfoncée dans un manche en bois dont le bec va sillonner le métal. Même si la main qui la conduit est experte, le voyage n'est certes pas sans risques ni surprises, et ne peut s'entreprendre que si un certain rêve intérieur subjugue celui qui s'y risque.

Le trait du burin est unique. Il se reconnaît (pour les amateurs éclairés) très facilement, l'explication est simple. Pour creuser le métal on pousse l'outil vers l'avant - "on monte" - alors que dans les autres procédés on fait généralement le contraire. Cette poussee engage tout le corps rendant le geste du buriniste très physique, et cette énergie dépensée donne au trait cette netteté et cette fermeté qui le caractérise.

L'outil m'a donc imposé sa discipline et les règles que je me suis données pour exprimer mes idées et mes sentiments, je les ai découvertes à l'intérieur des limites de son trait, qui pour être respecté conduit dans l'exécution de l'oeuvre au fini et à la rigueur.

En s'interposant entre la conception et la réalisation, il joue un rôle décisif et devient un réel participant à la création : c'est un compagnon de tous les jours qui alternativement domine ou est dominé.

Ce travail développe patience et réflexion, l'une étant intimement liée à l'autre.

Cultiver un art où la lenteur est une donnée incontournable, n'est-ce pas un acte quasi révolutionnaire à une époque où tout est vitesse ? Je pense, pour ma part, que cet exercice constitue un art de vivre qui repose sur une morale dont les règles sont imposées par ce travail où le mental est très mêlé au manuel, ce dernier opposant un "ralenti" qui peut-être favorable à une réflexion créatrice.



Louis-René Berge

Le texte intégral est paru dans "Les nouvelles de l'estampe" n° 139 - Mars 1995




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1 commentaire:

  1. il me reste un lieu pour chercher le texte complet de Monsieur Berge...patience...

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